samedi, juillet 31, 2021
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    Sofia Boutella; Des Racines Guerrières

    Qui a dit que les militaires en Algérie n’avaient pas de goût ? La famille Boutella arrive bien à cultiver ce paradoxe.

    Une saga qui ressemble plus à un scénario de télé- novelas qu’à l’épopée des Rougon-Macquart. Ceci est donc une sorte d’Opéra Soap qui réunit, sur trois générations, un colonel à la retraite, un compositeur de musique et une danseuse dégourdie.

    Sous les déhanchements de la petite dernière, Sofia, les racines guerrières des Boutella s’estompent peu à peu, deviennent presque un mythe. Dans son monde, Sofia se bat aussi, à sa manière, à la manière des combats de rues de West Side Story. Son grand-père, un colonel de l’armée, un ancien attaché militaire, et grand amateur de musique devant l’éternel arrivait à décrocher parfois et à s’arrêter de penser, un exercice, du reste, très fatiguant. Sofia sait en outre, pour sa part, qu’il est encore plus difficile d’entrer en transe sans danser.

    Et pendant que les avis divergent et que des esprits chagrins s’interrogent encore si les Boutella ont du talent ou bien de la chance, Safy lui, n’en a cure de ces fadaises :  » On s’est fait tout seuls, chacun de notre côté, point barre !  » En comptant sur lui-même, Safy, le père, précédait, sans le savoir, le chemin de sa fille. Ses qualités artistiques auront configuré sa carrière. Safy reconnaît qu’à un moment donné, il a bénéficié d’un « coup de pouce » paternel. Il raconte pour la première fois :  » Mon père était intervenu auprès de Sid-Ahmed Ghozali, PDG de Sonatrach à l’époque, pour me débrouiller une bourse d’études au Berklee College of Music de Boston. Pour Safy, ce n’était pas un privilège :  » Je n’ai pris la place de personne. De même que mon père ne jouait pas de la musique à ma place.

    Ce n’est pas lui qui a fait Kutché, non plus ! ». En réalité, la filiation à un père militaire n’est pas une tare en soi :  » Je suis né et j’ai grandis avec ça ! Mon père m’a surtout appris à aimer ce pays à défaut d’autre chose « . Pas dupe, Safy en connaît « des fils de militaires qui font du business et qui possèdent des usines, comme il en connaît également d’autres qui n’ont rien du tout « . Safy fait plutôt dans la nuance :  » Je sais qu’il y a des gens qui prennent beaucoup d’argent et que le peuple ne voit rien du tout. Bien évidemment, je ne peux pas être d’accord avec ça. Comme je ne peux pas être d’accord non plus avec les gens qui disent qu’en Algérie tout est pourri ». Cette certitude vient du fait qu’il existe encore, selon lui,  » de bonnes gens qui dirigent ce pays et qui sont noyés dans la masse des pillards ».

    C’est pourquoi, cet habitué des spectacles « institutionnels » récuse fermement l’étiquette d’amuseur public et d’artiste du pouvoir : « Je ne suis l’apôtre de personne ». Et la petite Sofia qui vit aujourd’hui entre Paris, Londres, New York, Rome, Los Angeles et Moscou ?  » Elle part bientôt en tournée mondiale avec Madonna. Je ne la verrai pas donc jusqu’à Septembre. Elle va me manquer « . Concernant la campagne publicitaire de Nike, où Sofia joue le premier rôle, il nous apprend que sa fille a été sélectionnée par la marque parmi 20.000 candidates pour devenir la fameuse  » Nike woman « . Le hasard n’existant presque pas aux Etats-Unis, il semblerait qu’il aurait obéi à des critères autrement plus rigoureux qu’à ceux pratiqués en Algérie, où l’on continue, selon lui, à user et à abuser du piston : « Aux Etats-Unis, il est beaucoup plus difficile d’en faire du piston. A plus forte raison, lorsque l’on est… Algérien ! ».

    Rock’N Roll et réconciliation

    Comme à chaque passage par Alger, Safy en profite pour lancer des mises au point. Selon lui, la presse internationale s’obstine à présenter sa fille comme une « parisienne  » alors qu’en réalité elle est née à Alger dans le quartier mythique de Bab El Oued. De même qu’on dit que Sofia est  » franco-algérienne » alors qu’elle n’est qu’algérienne. C’est une Algérienne qui défend un label et non des moindres : « l’une des meilleures danseuses au monde ». Malgré cette notoriété naissante, la madone italo-américaine, qui l’a vite repérée, aura à faire valoir son statut de star pour lui obtenir les visas. Eh ! Oui… Quant à voir sa fille se trémousser à la télé, faire la une des magazines, ou jouer au cinéma, ça lui fait quoi au papa Safy ? Il en est plutôt fier :  » Sofia est une fille pudique, respectueuse, respectée dans le milieu. Elle refuse les choses triviales. Sofia n’est pas dans la danse orientale. Elle est entre l’art et le sport, dans le mouvement du corps qui représente la vie « . Safy est convaincu que l’on ne fera jamais « une société sans femmes… sans femmes épanouies ! « .

    Inconditionnel de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, Safy avoue qu’il ne peut faire cependant l’impasse sur la justice.  » Il faut, bien sûr, que justice soit faite « , dit-il. Cela dit, il ne veut pas savoir par qui la tragédie est arrivée.  » Est-ce l’œuf qui a fait la poule ou la poule qui a fait l’œuf ?  » En tous cas, Safy Boutella n’a pas sa langue dans sa poche.

    Mohamed-Chérif Lachichi – l’Epoque-dz.com

    https://www.youtube.com/watch?v=jUWMPXlJPsw

     

     

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