samedi, juillet 31, 2021
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    Câlins à vendre

    On dit souvent que tout le monde a besoin d’amour, mais ce n’est pas toujours facile. Restent alors ces petits moments d’affection : les câlins. Et si vous en manquez aussi, vous pouvez toujours vous les payer, car figurez-vous que les « câlineurs » professionnels font partie d’un commerce qui gagne en importance au Canada.

    Un texte de Frédéric ArnouldTwitterCourriel

    À Burnaby, en banlieue de Vancouver, Marylen Reid nous reçoit dans son appartement où elle vient tout juste d’emménager. Les meubles commandés ne sont même pas encore arrivés, mais elle nous explique que dans le salon, il y aura des coussins et un grand divan qui serviront à accueillir ses clients.

    Marylen Reid est une « câlineuse » professionnelle. Il y a seulement trois mois, cette jeune avocate a presque abandonné sa pratique pour lancer son entreprise qui offre des câlins tarifés.

    « Ma motivation première, ce n’est pas l’argent, les valeurs de la cuddlery, c’est justement de partager le bonheur. » Un bonheur qui se vend à 19 $ pour 15 minutes, 35 $ la demi-heure ou 115 $ pour deux heures.

    Purement platonique

    Lors d’un premier contact, le client signe un formulaire, où on explique bien qu’il n’y a rien de sexuel, pas de nudité et que c’est purement platonique.

    On frappe à la porte. Opale Godin, une jeune Néo-Brunswickoise qui vit à Vancouver, se présente pour une séance de 30 minutes de câlins. « Au cours de la session d’une heure, on va faire entre 5 et 10 positions, lui explique Marylen Reid. Donc, s’il y a des choses que tu préfères, par exemple si tu désires que je te joue dans les cheveux, tu me demandes je suis là pour toi. »

    Avant de commencer la séance, la « câlineuse » enclenche une caméra afin de filmer la session. Une nécessité pour assurer sa propre sécurité, mais aussi celle de la câlinée. L’Idée, c’est de documenter les éventuels débordements déplacés.

    Alléger le stress

    Les « câlineurs » professionnels font partie d'un commerce qui gagne en importance au Canada. Les « câlineurs » professionnels font partie d’un commerce qui gagne en importance au Canada.  Photo :  SRC

    Ses clients sont tout autant des hommes d’affaires stressés, un jeune homme frappé par une rupture amoureuse ou encore des hommes ou femmes qui ont juste besoin de réconfort. Mais jamais rien de sexuel, même si ce n’est pas toujours facile de faire abstraction de ce toucher parfois profond.

    « Il y a souvent de l’excitation qui peut arriver, bien sûr, mais c’est la même chose avec la massothérapie; si ça arrive, on essaie juste de penser à autre chose, on change de position pour en avoir une un peu moins intime, peut-être », précise-t-elle.

    Opale Godin, qui voyage beaucoup, raffole de ce service. « Moi, ça me gène pas d’en parler, de laisser savoir aux gens que c’est un service qui est disponible, je trouve que c’est vraiment bien, ça devrait être un service essentiel. »

    Une « thérapie » qui a ses limites

    Un service essentiel de genre thérapeutique, peut-être, mais qui a ses limites, selon Nicolas Chevrier, vice-président de l’Ordre des psychologues du Québec. Il soutient que quelqu’un qui n’arrive pas à recevoir seulement des marques d’affection de ses proches, de sa famille ou d’amis devrait peut-être se poser des questions personnelles et faire une psychothérapie.

    « Payer quelqu’un qui nous donne des câlins pendant 45 minutes, pendant une heure, disons qu’après l’heure, c’est terminé, la relation n’existe pas. Il n’y a pas de relation humaine entre les deux. Il y a une relation financière, mais il reste qu’il n’y a pas de relation entre les deux. » — Nicolas Chevrier, vice-président de l’Ordre des psychologues du Québec

    Pour Marylen Reid, un fait demeure : « En Amérique du Nord, les gens ne touchent pas suffisamment, tout ça est démontré. Pourtant, c’est une des seules choses que les gens ne pouvaient pas se payer, donc je pense qu’en 2015, au contraire, il est plus que temps qu’on se débarrasse des vieux tabous. »

    Le câlin, un besoin essentiel?

    Deux enfants échangent un câlin. Deux enfants échangent un câlin.  Photo :  iStock

    Depuis son Alabama natal, Len Daley, directeur général de Cuddle Parties Headquarters et qui possède une maîtrise en psychologie, observe l’aventure entrepreneuriale de Marylen, fondatrice de Cuddlery.ca.

    À 70 ans bien sonnés, il a fait des séances de câlins en groupe son cheval de bataille pour alléger la souffrance des bobos de notre société. Il croit aux bienfaits thérapeutiques du toucher et il assure que d’ici 30 ans, il y aura même des cliniques de rapprochements dans les hôpitaux.

    Après tout, dit-il, il y a 30 ans, il n’y avait pas de cliniques du sommeil. La société évolue pour reconnaître les besoins de l’humanité, ajoute, sourire en coin, Len Daley.

    Des câlins tarifés bientôt près de chez vous?

    Phénomène éphémère ou initiative bien de son temps, il n’en reste pas moins que les services de « câlineurs » professionnels semblent pulluler depuis quelques mois. Une simple recherche sur Internet donne de plus en plus de résultats un peu partout au Canada. Signe des temps, Marylen Reid a d’ailleurs déjà reçu pas moins de 800 candidatures d’aspirants « câlineurs ».

    Un service bientôt reconnu par les assurances maladie? À suivre…

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