samedi, juillet 31, 2021
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    Algérie : Quand l’apiculture contribue à l’émancipation de la femme rurale

    Triompher sur les stéréotypes de son milieu social ne relève désormais plus de l’impossible pour les femmes des zones rurales en Algérie. Yamina Sahel, 38 ans, en est l’exemple type qui incarne cette réalité. Cette jeune femme, célibataire, habite à Légata, à 70 km à l’Est d’Alger.

    Une localité à vocation agricole où le conservatisme garde toujours son poids dans la vie de la collectivité. La région est connue aussi comme une zone de repli par excellence pour les islamistes armés. Mais cela n’a pas empêché Yamina d’exercer une activité qui était, jusqu’à un temps récent, l’apanage des hommes uniquement. Pour elle, l’émancipation des femmes  passe inéluctablement par leur insertion dans la vie économique.

    Malgré le poids des traditions qui restent hostiles à leur affranchissement, nombreux sont celles qui avaient réussi à transgresser l’ordre établi pour en finir avec le diktat des hommes. « Moi je n’ai jamais imaginé un jour devenir  apicultrice et installer des ruchers à l’orée des maquis de l’ex-GSPC », confie-Yamina, rencontrée le 10 juin dernier non loin de l’endroit où elle a déposé ses ruchers.

    Contrarier les tenants des idéologies rétrogrades figurait alors parmi les sept péchés à éviter. Mais Yamina a osé et brisé les tabous en ouvrant la voie à beaucoup de ses semblables de se lancer dans l’apiculture pour changer leur vécu. Se sentir libre. Comme elle est aujourd’hui. « Maintenant, je me sens plus libre. Autonome. Je gagne ma vie le plus normalement du monde », se félicite-t-elle.

                                                          

    Vaincre les archaïsmes de sa société

    Cette quête de bonheur a commencé en 2004. Yamina n’avait alors aucun job. Elle passait la plupart de son temps à la maison, à faire le ménage et autres tâches domestiques. « Je n’avais pas le choix puisque  je n’ai pas eu mon bac », relativise-t-elle avec regret. Comment faire pour s’en sortir ? La jeune fille devait profiter de la moindre proposition qui se présente. Et peu importe le prix à payer et les choses à sacrifier.

    Cette chance de la vie vint alors grâce à un partenariat  engagé entre l’association Afak (Horizons), dont le siège se trouve dans la ville voisine de Si Mustapha et une association française de Lamballe. Le projet consiste en la création d’une coopérative d’apicultrices. Son aboutissement était l’un des objectifs qui tenaient à cœur aux responsables  d’Afak, eux qui luttaient encore inlassablement contre le fanatisme et l’oppression des femmes.

    Yamina n’était pas la seule à avoir profité de ce partenariat dans l’espoir d’un avenir meilleur. Le premier noyau de celles qui vont devenir les premières apicultrices de la région plus tard est composé de 16 jeunes femmes, dont 14 célibataires. Elles avaient toutes quitté les bancs de l’école à l’âge précoce. Avant d’obtenir les ruchers, les adhérentes d’Afak avaient suivi un stage d’initiation aux techniques d’apiculture pendant six mois dans une coopérative sise dans la localité voisine des Issers.

    « La mission n’était guère aisée. Tout le monde nous disait que l’apiculture est une affaire d’hommes, y compris nos parents. Moi par exemple, on me disait à la maison que je ne vais pas aller très loin. Ma mère pensait que je quitterai le centre quelques jours après l’entame de la formation », se rappelle Amina, qui se dit fière de ce qu’elle est advenue. On est en mai 2005. Le stage vient tout juste de se terminer. Place au travail. Les membres d’Afak obtiennent 15 ruchers chacune.

                                                                      

    Huit ans avec les abeilles

    « Au début, la plupart d’entre nous n’avait pas de terrain où déposer les ruchers. Chacune comment elle s’est débrouillée. Nous avions réclamé des parcelles à l’Etat, mais il a fallu que nous attendions deux ans avant qu’on réponde à nos demandes »,relate encore Yamina. Mais les lourdeurs administratives et les attitudes vexatoires de leur milieu social n’ont pas eu raison de la détermination des jeunes apicultrices. Yamina dépose son « nouveau bien » devant son domicile familial, sis au village Koudiet Larayès. Deux ans plus tard, le nombre de ruchers a doublé.

    C’est le premier résultat de ses durs et lourds sacrifices. « Aujourd’hui j’en ai une cinquantaine. Et c’est tout le monde qui glorifie cette prouesse. La société et mes proches ont changé leur regard envers moi. J’ai fait aimer l’apiculture à tous les membres de la famille », s’est-elle enorgueillie. Yamina dit avoir connu beaucoup de gens et gagné suffisamment d’argent grâce à cette sa nouvelle fonction qu’elle accompli avec amour et dévouement. Elle a participé avec ses camarades à plusieurs expositions dont une en 2011 à l’ambassade de France à Alger.

    La jeune femme n’a pas, non plus rompu ses liens avec les responsable de l’Association de l’Emballe. « Sa présidente, Christine George me rend visite régulièrement. Elle n’a amais cessé de me stimuler à aller de l’avant », avoue-t-elle.  Aujourd’hui, Yamina espère acquérir un véhicule utilitaire pour faire la transhumance et accroître la production. « C’est mon plus grand rêve. Car j’ai décidé de passer toute ma vie avec les abeilles… Elles sont mieux que certains humains », conclut-elle avec un brin d’optimisme.

    Par Ramdane Koubabi (El Watan)

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